9 juillet 2017

Neuf changements qui arrivent dans la vie d'un coureur

Neuf changements qui arrivent dans la vie d'un coureur. Oui, Madame ! Même d'un coureur du dimanche...

1- Quand tu fais ta lessive, t'as plus de tshirts et shorts de sport que de chemises et pantalons.
2-Tu dors tôt le samedi (ou tu envoies balader les invitations) parce que le dimanche tu te lèves à 5h...
3- Tu sais à quoi correspondent des termes comme splits, fractale, stride, VMA...
4- La veille d'une course ou d'une sortie longue, tu prépares tes habits, tes chaussures et même ton sac à dos comme si c'était la veille de la rentrée de classe.
5- Quand c'est la période des soldes, tu vérifies en premier les rabais qu'il y a sur les chaussures de running.
6- Quand il t'arrive de donner un document officiel avec ta photo dessus, le ou la fonctionnaire ne te reconnait pas ou te sort "wow! C'est bien toi là?!!"
7- Tes collègues de travail et même ta famille te considèrent comme un oiseau rare...
8- Tu commences à connaître le nom de certains muscles dint tu ne te doutais même de leur existence...
9- Quand tu empruntes ton circuit fétiche, les gens te reconnaissent et te saluent ou te disent bessaha..

2 mai 2017

Le triomphe de la médiocrité

Aucun pays ne s’enlise dans la médiocrité du jour au lendemain. Cela n’arrive pas non plus, en quelques années. C’est un long processus qui est le résultat d’une chaîne de calamités qui va de l’école à la classe dirigeante.
Nous avons créé une culture où les médiocres sont les élèves les plus populaires en classe, où les médiocres sont les premiers à avoir une promotion au travail, où les médiocres sont ceux que les médias invitent comme experts et les médiocres sont les seuls pour qui on vote aux élections sans nous soucier de ce qu’ils vont faire ou ont fait, juste parce que c’est le seul choix que nous avons.
Nous sommes tellement habitués à la médiocrité que nous avons fini par l’accepter comme l’état naturel des choses. Les exceptions, les rares fois où il y en a sont au niveau du sport, et nous servent à nier l’évidence.
 Médiocre est un pays dont les citoyens consacrent 2 minutes par jour à la lecture et au sport et 2 heures 14 minutes à regarder la télévision.
Médiocre est un pays qui après plus de soixante ans de son indépendance en est encore à vivre une perpétuelle transition démocratique.
Médiocre est un pays où les vieillards tentent de se suicider par désespoir.
Médiocre est un pays où un ministre en charge d’un secteur où la mortalité dépasse les 4000 morts par an a le temps de bloguer sur des questions religieuses.
Médiocre est un pays où le marché des trains rapides a été octroyé sans appel d’offres.
Médiocre est un pays où on a réformé le système éducatif un nombre incalculable de fois sans résultat pour ne produire que des cancres.
Médiocre est un pays où près de 8.5% des citoyens n’ont pas accès aux soins les plus élémentaires, ce qui représente plus du quart de la population globale.
Médiocre est un pays qui a la plus ancienne université dans le monde encore en activité mais dont aucune université n’est classée parmi les meilleures au monde et qui oblige ses meilleurs étudiants à s’exiler pour survivre.
Médiocre est un pays où l’intelligence provoque la jalousie, la créativité est marginalisée et la prise de décision sanctionnée.
Médiocre est un pays qui n’a pas de loi d’accès à l’information digne de ce nom.
Médiocre est un pays qui a fait de la médiocrité le grand idéal national, poursuivie sans complexes par des milliers de jeunes qui ne rêvent que d’un agrément, de politiques qui ne sont pas capables de produire une seule idée et de chefs qui s’entourent de médiocres pour cacher leur propre médiocrité et d’étudiants qui ridiculisent les camarades qui font un effort pour ne pas tricher.
Médiocre est un pays qui a permis le triomphe des médiocres, stigmatisant l’excellence jusqu’à ne lui laisser que deux options : dégager ou se diluer dans la marée grise de la médiocrité.

2 avril 2017

Sept milliards de dirhams...

7 milliards de DH ! Oui ! Sept milliards de dirhams ! Voilà ce que le programme de Tanger métropole nous coûte.
Je ne vais pas vous la faire à la Omar Balafrej عمر بلافريج et vous donner l'équivalence de ces 7 milliards de DH en écoles ou en hôpitaux. Non ! Je vais juste vous énumérer ce que le citoyen lambda a réellement vu de cette manne financière tombée sur Tanger, grâce à la Volonté Royale, et ce à travers quelques initiatives.

Le plus gros changement a été au niveau des lampadaires ; ils ont changé les candélabres préexistants par des nouveaux, plantés les uns à la suite des autres à moins de dix mètres de distance... (quelqu'un a des indices sur le comment du pourquoi de l'octroi de ce juteux marché ? By the way ). Faut dire que les premiers étaient parfaitement fonctionnels et avaient surtout l'avantage de ne pas aveugler les automobilistes...

Ils ont aussi "casablanquisé" Tanger : ils ont construit deux simili tunnels, l'un à l'entrée de Tétouane et l'autre à l'entrée de Rabat. Quel a été l'Impact sur le trafic automobile ? Seul Allah le sait en l'absence de chiffres officiels...

Un autre changement a été au niveau des terrains vagues : là où l'œil du citoyen tombait sur des détritus et des sdf, ils ont monté des monticules de terre et planté du gazon dessus ! Comme si nous vivions en Suède et que le Maroc ne connaissait pas de problèmes liés au stress hydraulique... Ceci dit, j'avoue que c'est super beau quand tu conduis ou que tu cours...

Et puis, il y a les palmiers ! Ils ont poussé comme des champignons ! Partout à Tanger, le long des boulevards (et là, la même réflexion se pose que pour les candélabres : Le marché...)...
Depuis quand Tanger est connue pour ses palmiers ? Je ne sais pas. Tanger n'est pas Marrakech (Allah merci !), mais faut croire que dans la tête de certains c'est du pareil au même... Alors, on déracine les arbres du "boulibar" pour planter des palmiers, là où des oiseaux avaient un écosystème bien à eux et puis nous, pauvres tangérois, on avait l'habitude de marcher le long du "boulibard" et écouter leurs gazouillis qui effaçaient le bruit des autos et les commentaires machistes....

Et là, samedi dernier à 3h du matin, pour ajouter l'insulte à l'injure, ils ont décidé de déraciner des arbres et planter d'autres de la même espèce pour camoufler je  ne sais quel acte...

J'ai toujours tendance à dire hamdoullah mais là faut pas trop nous prendre des imbéciles...

#Tanger #Maroc #polma

3 septembre 2015

Demain c'est jour de vote


Demain c’est jour de vote et pourtant j’hésite sérieusement à y aller.

Entre le dégoût que certains candidats m’inspirent et le mépris que j’ai pour certains partis, ça ne me tente juste pas.

Entre les partis qui s’insultent à la télé et pourtant passent des pactes entre eux en catimini et les candidats aux postes de présidents de communes alors que ça ne fait pas dix ans qu’ils sont arrivés sans le sou dans ces communes, y en a marre.

Entre les appels sans vergogne de l’état à aller voter sous peine de passer pour des traîtres et les passages à tabac des militants de l’extrême gauche qui appellent au boycott, trop c’est trop.

Entre le vide intellectuel de certains candidats et la farce des programmes électoraux de certains partis, la coupe est pleine.

Entre ces tracts de campagne qui ont sali nos quartiers (distribués par ceux là qui seront en charge de la propreté de nos rues) et ces jeunes en triporteurs aux couleurs des partis sortis tout droit de Mad Max, je dis non.

Entre mes compatriotes qui n’ont pas daigné s’inscrire aux listes électorales et ceux qui trouvent la chose politique futile, je me dis à quoi bon ?

Et pourtant, demain j’irai voter malgré tout…

4 février 2015

Un Syriza au Maroc ?



La montée de Podemos en Espagne ou encore Syriza en Grèce est l’expression d’un phénomène beaucoup plus généralisé en Europe où ces partis ont profité du discrédit des partis conventionnels (corruption, mauvaise gestion des deniers publiques et usure de l’exercice du pouvoir), de la crise économique et de la faillite des politiques de sortie de crise (l’austérité) pour se mettre en avant-plan. C’est ce même phénomène qui a vu dans les vieilles démocraties comme la France, la Grande Bretagne, la Suède et même l’Allemagne, où au lieu de l’extrême gauche c’est l’extrême droite qui en a profité…
La question est de savoir si on peut tirer une leçon pour le Maroc de tous ces changements dans le pourtour méditerranéen ?
Il me semble qu’on n’a pas du tout la même grille de lecture, car ces changements sont apparus dans des démocraties bien établies, ce qui est loin d’être le cas du Maroc.
De plus, en Europe certains indicateurs ne sont pas du tout les mêmes que pour le Maroc. Que ça soit pour le taux d’alphabétisation, le taux de natalité ou le taux de scolarisation. En d’autres termes, ce sont des sociétés où la population est consciente de la chose politique.
D’autre part, et malgré ce que certains pourraient en dire, les médias jouent le jeu et ont donné la parole à ces partis qui étaient marginaux avant qu’ils ne grandissent. Du coup, le message qu’ils portent a pu se divulguer.
Au Maroc, et l’exemple du ‘ mouvement 20 février’ est là pour en attester, les médias sont cadenassés et ne portent que le message ‘officiel ‘ et même lorsqu’il leur arrivait de donner la parole à des gens du ‘20 février’, on avait droit à de jeunes adultes imberbes et incapables de « connecter » avec monsieur et madame tout le monde.
Enfin, le champ politique marocain n’est pas du tout comparable à ceux où ce vent d’optimisme est apparu. Au Maroc, le paysage politique n’obéît pas à une logique gauche-droite mais plutôt à quel parti est le plus proche du Sérail. Et malgré que dans la population, l’opinion la plus partagée est que tous les politiques sont corrompus on ne voit pas bien qui pourrait bien les supplanter dans les partis déjà constitués.
On a bien deux mouvements de gauche, le mouvement ANFASS et le mouvement Clarté Ambition Courage qui ont beaucoup de similitude avec Podemos et Syriza mais encore là ils sont loin d’être connus sur la scène politique et malgré quelques initiatives ici et là n’arrivent tout simplement pas à percer dans le paysage politique.
Encore une fois, on réalise que le changement se fait à portée de vue mais sans qu’on puisse en bénéficier…

8 juillet 2014

Tanger-Métrople, le volet infrastructures

Dans le cadre du programme Tanger-Métropole lancé par Sa Majesté le 26 septembre 2013, un budget de 727 millions de DH a été dédié à renforcer les infrastructures urbaines. A l’intérieur de ce cadre, le projet d'aménagement des boulevards de la ville consiste en l'élargissement des routes, la création de voies réservées aux autobus, le revêtement des trottoirs, la pose du mobilier urbain, la modernisation du réseau de signalisation et d'éclairage public et l'aménagement d'espaces verts.

Dans les faits, cela se traduit par le remplacement des candélabres (lampadaires publiques) fonctionnels et qui avaient été installés l’année d’avant ; par l’élargissement des routes dans des conditions de sécurité difficiles pour les ouvriers et les citoyens ; par le remplacement également des bordures des trottoirs  et l’installation de gazon dans des plates-bandes au milieu des routes, dans les ronds-points  et aux abords des grands axes. 

Le remplacement des candélabres déjà existants et tout à fait fonctionnels ne suit aucune logique : La distance entre les nouveaux candélabres installés semble aléatoire, varie et parfois est inférieure à  10 mètres. Quand on sait que le prix d’un candélabre dépasse souvent les 70 000 DH, on est en droit de se poser des questions sur l’utilité de planter des lampadaires aussi proches l’un de l’autre et soulève des questions de bonne gouvernance.

"En effet, les grandes métropoles se dotent d'un éclairage durable, non énergivore à l’aide d’un schéma directeur d'aménagement lumière. Ce document étaye la politique et la stratégie de mise en lumière de la ville, il prévoit le type de candélabre pour chaque voie routière ou piétonne, sa hauteur de feu, son intensité, sa source lumineuse et sa température couleur. Malheureusement, certaines des voies routières à Tanger sont actuellement éclairées avec des candélabres prévus pour des voies secondaires ou piétonnes. Ces candélabres n'éclairent pas les voies mais juste les pieds de mâts. De plus ils créent un éblouissement dangereux pour les automobilistes qui ne voient plus la route. Il faut éclairer là où il le faut et quand il le faut car la ville n'est pas un parc d'attraction. De plus, il est nécessaire de restituer à la nuit sa part d'obscurité et doter note ville d'une scénographie nocturne digne de Tanger."*
D’ailleurs, ces candélabres installés à Tanger sont les mêmes que ceux installés à Tétouane même si les deux villes différent de par leur architecture, histoire et climat…

Quant à l’élargissement des axes routiers de la ville, cela se fait dans des conditions de sécurité exécrables pour les ouvriers et pour les citoyens. Les signaux avisant des travaux sont absents ou bien sont installés sur le site même des travaux ne laissant aux conducteurs que peu de temps pour ralentir. D’autre part, lors de l’installation des ronds-points les conducteurs sont laissés à eux –mêmes car les feux rouges sont désactivés et on peut deviner le nombre d’accidents qui en résulte. Enfin, en plus de remplacer le revêtement des trottoirs, leur bordure est remplacée alors que celle-ci est encore fonctionnelle et est même meilleure que la nouvelle qui n’est faite que de ciment contrairement à la pierre.

Enfin, l’aménagement d’espaces verts se traduit dans la réalité surtout par la pose de gazon sur certains trottoirs –ceux des quartiers réputés huppés de la ville comme Jbel Lekbir- et donc par le rétrécissement de la superficie que les citoyens peuvent utiliser pour marcher (imaginez une maman avec une poussette qui doit slalomer entre les arbres plantés au milieu des trottoirs et le gazon pour rester sur le trottoir…) ; mais également, par la pose de gazon dans plates-bandes séparant les grands axes routiers comme l’avenue du Royaume de l’Arabie Saoudite et à l’intérieur des ronds-points.
Sachant que pour chaque m² de gazon, il faut 20 litres par an, imaginez alors la consommation d’eau de la municipalité de Tanger. Espaces verts ne veut pas dire nécessairement gazon ! Pourtant le Maroc s’est doté d’une charte nationale de l’environnement et de développement durable suite aux directives de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, lors de son discours du Trône du 30 Juillet 2009. 

Malheureusement, tant et aussi longtemps que la politique de développement des villes passe par des institutions non élues et donc ne rendant compte à personne et tant que les maires des villes ont des pouvoirs limités, cette situation perdurera. 

*Ce paragraphe a été pris du groupe FB Société civile tangéroise suite à la publication de ce billet.

19 août 2013

Six mille morts et alors ?

Plus de six mille (6000) morts par an. Non, ce n'est pas un autre bilan de la guerre civile en Syrie ou en Tchétchénie, on parle juste du bilan des accidents de la route et des accidents du travail au Maroc.

Les accidents de la route au Maroc font chaque année plus de 4 000 morts et causent des dégâts matériels estimés à 14 milliards de dirhams, soit environ 2% du PIB ; quant aux accidents du travail, les seules statistiques dont on dispose concernent le BTP : Ils seraient près de 2000 ouvriers à perdre la vie chaque année sur les chantiers.

Bizarrement, malgré quelques articles qui paraissent à chaque année dans la presse, ce phénomène (comparable à une guerre civile) ne semble pas attirer l'attention des pouvoirs publiques ou de l'opinion publique. Le Maroc d'ailleurs vient tout juste de se conformer aux normes de l'OIT l'organisation internationale du travail.

Malgré un nouveau code la route sensé tacler l'hécatombe sur nos routes, le résultat est famélique. Quant aux accidents du travail, les employeurs (seules 13 000 sur 50 000 unités de BTP au Maroc sont, à l’heure actuelle, déclarées à la CNSS) continuent à ne pas s'assurer et fuient leurs responsabilités.

En attendant une prise de conscience, continuons à manifester en masse pour ce qui se passe en Égypte, à appeler à manifester pour les abus contre les subsahariens et à suivre les élucubrations des chroniqueurs de Hespress.

3 août 2013

Onze mineurs violés, trente années de réclusion et une grâce royale.

Onze mineurs violés, trente années de réclusion et puis une grâce royale. J'avoue qu'en écrivant ces lignes je n'ai toujours pas réussi à accepter cela. Une partie de moi refuse de croire qu'on puisse gracier un pédophile. Cela ne fait juste pas de sens.  Que ce criminel soit un agent irakien exfiltré ou que l'Espagne nous ait promis la rétrocession de Sebta et Melillia et l'incarcération de Javier Bardem, il reste qu'on ne libère pas un pédophile.

Sous d'autres cieux, on en serait déjà à deux ou trois démissions, une motion de censure contre le gouvernement et à quatre ou cinq points de presse et à des excuses officielles.
On se serait attelé à établir la chaîne des responsabilités en toute transparence en s'appuyant sur le dahir 1.77.226 qui stipule que le comité qui octroie la grâce est composé du ministre de la justice, du directeur du cabinet royal, du président de la chambre haute et de hauts fonctionnaires.
Tout ce que nous avons eu c'est un communiqué burlesque du ministre de la justice où il se déclare inapte "à commenter une décision de deux souverains". Comme si nous nous étions pas déjà assez rendus compte tous seuls de l'inaptitude de ce gouvernement à régler le moindre de nos soucis. Alors pour sauvegarder l'honneur de nos enfants, on repassera.
  
Quant à M. Benkirane, son réservoir d'indignation, il l'a épuisé jeudi pendant le conseil des ministres  en s'en prenant à une citoyenne qui aurait insulté un policier de la circulation. Du coup, il n'a pipé mot sur la grâce royale. Quand on sait que selon le rite malékite, un pédophile est passible de lapidation, on est en droit de se demander si vraiment le PJD est un parti islamiste.
Les seuls partis politiques ayant aborder cette tragédie sont le PAM et le PSU, sinon c'était silence radio.
Du côté des médias officiels de l'état, même silence assourdissant ; s'il a été question de jeunes c'est pour nous informer que "Sa Majesté le Roi lance trois projets solidaires dédiés à la femme et aux jeunes", rien sur une éventuelle grâce à un pédophile. Le résultat en est que la majorité des marocains ne sont pas au courant de cette tragédie ; heureusement que France24 et Aljazeera en ont fait mention dans leur téléjournal.

Comme si la situation n'était pas assez irréelle, hier lors des sit-in organisés dans différentes villes du Maroc, les autorités n'y sont pas allés de main morte et ont brutalisé et tabassé nombre de manifestants comme si on voulait nous communiquer que "La vie des marocain(e)s ne vaut rien."
Parlons-en de ces manifestants rudoyés, loin du cliché des gens du 20 février, il s'agissait de jeunes professionnels, de familles ayant des enfants en bas âge. Des gens apolitisés qui venaient juste crier leur indignation sans aucune demande politique ; à la fin de la soirée, les autorités ont réussi à faire d'elles des militants anti-régime. Le nombre de témoignages de gens qui défendaient bec et ongles le régime les deux dernières années et qui déclarent leur ras-le-bol après les événements d'hier est surprenant. Le régime en s'en prenant à eux, se les a aliénés. Sur une note plus personnelle, je tiens à exprimer mon admiration et tout le respect que je voue aux personnes que je connais ou pas qui sont sortis hier.

Enfin, cette tragédie en plus de nous mettre devant nos contradictions internes a mis à mal l'image et la réputation du Maroc, combien de titres de la presse international avec Maroc et pédophilie associés ? Le gouvernement est-il à ce point obnubilé par sa survie et par sa politique politicienne qu'il fait l'autruche ? Et le cabinet royal qui a pris part à cette tragédie, n'a-t-il pas des explications à nous fournir ?
Dans quel monde ces gens là vivent-ils ? Quelles peuvent bien être leurs valeurs pour avoir laissé une telle tragédie avoir lieu et surtout continuer dans leur mutisme maintenant qu'elle a été ébruité ? Et comment peuvent-ils encore se regarder dans un miroir ?

16 mai 2013

Que reste-t-il du 16 mai 2003 ?

Il y a dix ans le Maroc faisait son entrée dans le triste club des nations victimes d'attentats : Le 16 mai 2003 une dizaine de terroristes marocains se sont fait exploser et emportaient avec eux dans leur folie quarante et une victimes et faisaient une centaine de blessés.

Dix ans après que reste-t-il de ces tristes événements dans notre mémoire collective ? Les casablancais ont vécu ce drame dans leur chair et s'en souviennent mieux que quiconque ; mais qu'en est il du reste des marocains ?

Après la vague d'arrestations, de condamnations et la récupération politique de ces attentats pour s'en prendre aux mouvements islamistes, l'état marocain a vite balayé ces attentats et passé à autre chose ; car, ne l'oublions, ces événements sont l'expression de l'échec de la politique du tout sécuritaire. Jusqu'à ce jour, nous ne savons pas exactement qui a été l'instigateur de ces attentats.
Les raisons sociales qui pourraient expliquer le naufrage de certains des kamikazes sont encore là : Un tour à Sidi Moumen (d'où sont originaires la plupart des terroristes) suffit pour se rendre que rien n'a été fait pour améliorer les conditions de vie de ses habitants.
Quant aux raisons religieuses, les diatribes d'un Nhari, les opinions du conseil des oulémas sur l'apostasie ou encore les réactions nauséabondes de certains ministres à la dernière sortie de Assid sont autant d'indices qui prouvent qu'aucun travail n'a été réalisé sur ce volet pour faire face à l'obscurantisme. Même que face à la popularité du PJD et de Al Adl Wal Ihsane, l'état marocain au lieu de les contrecarrer a plutôt choisi la voie de la surenchère avec Allah seul sait quels résultats au bout du compte.

À une connaissance à qui je faisais remarquer que nous n'avons pas su entretenir un devoir de mémoire sur le 16 mai 2003, sa réponse  laconique résume bien l'état d'avancement de notre démocratie :  "Parce que nous avons réalisé ce devoir de mémoire pour les années de plomb ? "

26 janvier 2012

Tahar Ben Jelloun devrait se trouver un autre sujet qui lui tienne à cœur

Tahar Ben Jelloun, en plus de sa prolifique production de romans, nouvelles et contes à dormir debout pour occidentaux (no disrespect) excités de la vie sexuelle des musulmans, nous a accoutumé à écrire de temps à autre des chroniques où il traite de sujets plus sérieux.
Ainsi, il a commis (les membres de la BenJellol Watchlist m'excuseront si j'en omet mais ils pourront aller loler sur son site) un texte intitulé ''Maroc : L'islam doit rester dans les mosquées'' où il s'enfarge dans ses définitions et ne s'embarrasse pas de faire des raccourcis à faire jalouser les plus illustres des pamphlétaires. Il a également disserté sur ''La Porshe noire, le playboy et la burqa'', où il est question de... Au fait, si vous trouvez un fil conducteur, vous êtes sûrement une lumière. et de grâce, pas la peine de me l'expliquer en commentaire.
L'expertise religieuse de Ben Jelloun n'étant pas intrinsèquement exclusive, il a tendance à s'attaquer aux questions de santé publique ; ainsi, il s'est porté à la défense des porcs en Égypte en y voyant justement un complot ourdi par les islamistes contre ce noble animal (les amateurs de prosciutto ou de jamòn serrano lui en seront reconnaissant pour le restant de leur vie).

2011 ayant été l'année du 'printemps arabe', Tahar n'a pu s'empêcher de sortir un ''essai écrit à chaud sur un sujet qu'il connait bien et qui lui tient à coeur de faire comprendre'' (l'expression ici n'est pas de moi bien sûr mais de son éditeur) au commun des mortels...

Dans cet essai, et ce dès les premières lignes, il nous sort direct le grand jeu :

    ''On déplore souvent dans les débats à la télévision ou à la radio ''le silence des intellectuels arabes''. Depuis que le monde arabe [...] vit sous des dictatures [...], les intellectuels ne se sont pourtant jamais tus ni résignés à vivre dans le mépris et l'humiliation. [...] La liste est longue de ceux qui ont perdu leur vie en défendant les droits de l'homme.[...]
Alors, de grâce, ne nous envoyez plus à la figure cette critique sans fondement : ''les intellectuels arabes ne réagissent pas''. Non seulement ils réagissent, mais ils prennent chaque fois des risques qu'aucun intellectuel occidental n'a jamais pris''

Je vous laisse juger de vous-même si Ben Jelloun fait partie de cette liste d'intellectuels. En 1987, accordant une entrevue à Pivot, il déclarait : ''Je rend grâce au Roi, parce que c'est quelqu'un que j'estime et je respecte''.  Puis, en 2011 après les révoltes dans certains pays arabes, il déclarait : ''Hassan II est un peu comme Moubarak, on vivait sous un  régime policier avec tortures, disparitions.''



Un peu plus loin, il revient à son grand dada : L'islamisme. Ainsi, écrit-il :

      ''Enfin, ce printemps signe la défaite de l'islamisme. Les militants islamistes furent absents et surpris par l'ampleur des manifestations. De nouvelles valeurs -en fait de vieilles valeurs- ont envahi le champs de la contestation arabe : Liberté, dignité, justice, égalité.''

Depuis que Tahar a griffonné ces lignes, les islamistes ont gagné les élections en Tunisie et en Égypte (et au Maroc mais ce dernier n'a pas eu de révolte). Remarquons aussi ces valeurs dont il parle, ce sont celles de la France de Guéant et de Sarkozy...

Dans le chapitre consacré au Maroc, on retrouve le Ben Jelloun qui répondait à Bernard Pivot en 1987, sauf que de nos jours, c'est Mohamed VI qui a toute son estime et son respect à la place de feu Hassan II :

     ''Si le Maroc était encore sous la coupe de Hassan II, si les 'années de plomb'' étaient encore d'actualité, sans hésitation, le peuple marocain aurait fait sa révolution. Mais le Maroc n'est plus là. Avec Mohamed VI, les réformes ont commencé peu après son accession au trône en juillet 1999.''

et il continue dans son délire :

     '' ''Plus jamais ça !'' Tel était le message du roi. Depuis, il n'y a plus de torture dans les commissariats, plus d'arrestations arbitraires, plus de prisonniers politiques. Des policiers un peu trop zélés commettent évidemment encore des bavures. Les rapports d'Amnesty International et de Human Rights Watch, ainsi que ceux de la Ligue marocaine des droits d l'homme, indépendante du pouvoir, permettent d'en avoir la confirmation. Seule la lute contre le terrorisme reste très radicale dans ses méthodes.''

Ce paragraphe devrait être enseigné dans les cours de logique. Il commence par affirmer qu'il n'y a plus de torture pour finir par affirmer le contraire. Mais vous aurez compris qu'au nom de la lutte contre l'islamisme, il est permis d'utiliser des méthodes plus musclées, chacun sait d'ailleurs que les islamistes ne pourraient avoir les mêmes droits que les autres.
Le Maroc que Tahar décrit dans ce paragraphe est celui qui vient de connaître 3 immolations de diplômés chômeurs la semaine dernière. C'est celui également des procès politiques de Mou3ad L7a9ed et de Mehdi Moujahid, arrêté pour avoir porté dans un match de handball une pancarte où était inscrit : 'Vive le Peuple'. Ce Maroc est aussi celui où Mohamed VI conserve tous ses pouvoirs et décide de la tournure des évènements (Voir la nomination des ambassadeurs) et nomme à ses côtés des conseillers que le peuple justement et le mouvement de contestation du 20 février considèrent comme corrompus.

Je pourrais continuer à énumérer toutes les énormités que contient cet 'essai' mais mon abnégation a ses limites et il me semble que ce florilège est assez révélateur.

Enfin, cet essai a été récompensé par le Prix de la paix Erich-Maria-RemarqueComme quoi c'est en écrivant n'importe quoi qu'on gagne n'importe quel prix...